GUERANDELLE

WHO IS THIS GUY?

Didier Guerandelle est un artiste-peintre-plasticien-autodidacte qui vit et travaille à La Rochelle. Il s’inspire du mouvement expressionniste, mais aussi du pop art et du street art. Enfant sensible, la peinture est devenue très tôt le porte voix de ses émotions.

Didier Guerandelle peint comme il respire, de façon viscérale, instinctive. Il transcende les codes, ne s’inscrivant dans aucun parcours artistique traditionnel. La peinture est sa matière première qu’il explore, remanie, déstructure, couche sur papier, déchire, scanne, photocopie, chiffonne, caresse, panse, soigne.
Témoin perspicace de notre société, Didier Guerandelle exprime avec précision ses émotions, son besoin de dire, d’être entendu. Il construit sa pensée pour la rendre physique par ses toiles.

Paroles d’artiste

« Pour moi la peinture abstraite signifie le big-bang, le point de néant où une matière universelle prend forme. L’humus informe, informel, c’est le berceau de la mise en forme d’une intelligence.
J’ai pris la décision de mettre une forme par le dessin, celui que je veux voir. Le trait sera son squelette, celui qui désormais, fera partie de mon quotidien. Le squelette permet à l’humus de se déplacer pour agrémenter sa nourriture. L’humus invente la structure solide, et l’imposture peut naître.

Mon univers est habité de portraits déformés, mal conçus, en mal de précisions, de parcelles de corps, de mains, de pieds atrophiés.

Ma respiration s’accélère, je deviens nerveux, préoccupé par le sens de ma figuration. Je suis bien dans cet atelier, plein d’espoir de peindre, de réussir cette peinture, mes couleurs sont là. Je suis concentré, je voudrais ne plus penser, pourtant c’est le contraire… Toute ma vie passe devant moi, toute ma vie sauf, ce qui est filtré par mon amnésie. Un film en accéléré… certainement des pensées stimulantes.

Je pense aux personnes que j’ai croisé, aux regards échangés furtivement, au mouvement déhanché d’une femme, un homme beau, une phrase que j’aurais lue, que l’on m’aurait dite, mais surtout
à un rendez-vous… là, en fin de journée. Ce témoin, ce regardeur, qui, par le fond de ses yeux, lui donnera vie. Sensuelle, agressive, chienne ou spirituelle, maternelle, elle le touchera.

Il faut que je m’accélère, pour ne rien manquer, comme en transe. Mes gestes ne réfléchissent pas, une femme vient, elle se dessine, elle s’assombrit, s’éclaircit. C’est l’été, les martinets ont arrêté leur ballet strident, un orage explose. J’écoute Mozart, c’est une messe, un enterrement, pourtant il faut qu’elle vive, je veux une résurrection. Je suis ivre, absorbé par ses vapeurs d’esprit à l’essence de térébenthine et d’huile de lin.

Dans une heure, Laurent vient me voir. C’est un regardeur

Mon nouveau personnage est là. Je suis à la fenêtre, cigarette au coin des lèvres. Il fait bon, l’orage se calme, disparaît même. Les martinets reviennent danser dans ce nouveau monde aux odeurs conifères.

La sonnette. Laurent.

Pour le moment, toutes mes peintures sont réalisées sur du papier, je mélange des pigments avec de la cire à encaustiquer.

Laurent aime bien le théâtre, il joue chez Job, Tibergin aussi. Il aime les livres, je veux dire qu’il aime lire, il m’impressionne pour la conscience qu’il a du monde dans lequel nous vivons, la connaissance sur pratiquement tout ; le fait qu’il regarde, qu’il dissèque, qu’il décortique, mais surtout qu’il s’interroge. Il me pose des questions. Les réponses que je lui donne sont toujours faites pour donner un sens de vie au sujet peint sur la toile, en optant le plus souvent pour le tout et son contraire, son aller et son retour.

Il y a la personne qui regarde l’image finie, avec en mémoire le voyage qu’il a fait pour la rencontrer.

Il y a la personne qui regarde l’image finie, avec en mémoire le voyage du pinceau : l’exécutant.

J’aimerais échapper à l’immobilité. J’insiste sur la mémoire de son exécution car c’est par elle que la peinture devient une dimension mobile, vibrante mais surtout qui s’échappe, pour devenir une
zone captivante. Car dès l’instant où les yeux du regardant se sont approprié l’image, dès l’instant où les secrets de sa composition sont découverts, c’en est fini, la toile rejoint le monde de l’immobile. Elle ne stimule plus ce regard. »